Fourmis moissonneuses : les espèces, la récolte et le stockage des graines
Sur un chemin du sud de la France, tu peux croiser une colonne de fourmis noires. Elles rapportent des graines une par une vers leur nid. Ce sont des fourmis moissonneuses. Elles récupèrent aussi des insectes, mais leur nourriture principale pousse dans les champs. Cette récolte organise toute leur vie, de la forme de leurs mandibules à la disposition des chambres du nid. Elle explique aussi pourquoi elles comptent parmi les fourmis les plus élevées en France.
Qu’est-ce qu’une fourmi moissonneuse ?
Une fourmi moissonneuse est une fourmi dont l’alimentation repose surtout sur les graines. Le mot désigne un comportement, pas une famille précise. En Europe, en Afrique du Nord et en Asie, ce sont les espèces du genre Messor. En Amérique, d’autres genres récoltent aussi des graines, comme Pogonomyrmex.
Un genre regroupe des espèces proches. Messor est le nom du genre ; Messor barbarus, Messor capitatus ou Messor structor sont des espèces. Connaître l’espèce exacte compte, car leurs besoins en température et en hiver diffèrent.
Les fourmis moissonneuses présentes en France
Trois espèces de Messor se rencontrent le plus souvent.
Messor barbarus
C’est l’espèce la plus connue et la plus élevée. Elle vit sur le pourtour méditerranéen, dans les prairies et les terrains dégagés riches en graminées. Elle est absente de Corse. Ses ouvrières mesurent de 4 à 12 mm, avec une tête rougeâtre chez les plus grandes. La reine mesure 12 à 13 mm. Elle ne supporte pas les hivers rigoureux, ce qui limite sa présence à l’intérieur des terres.
Messor capitatus
Entièrement noire et un peu plus grande, elle partage souvent le terrain de Messor barbarus. Elle remonte plus loin vers l’intérieur des terres et supporte des hivers plus froids. Les éleveurs la proposent moins souvent.
Messor structor
Plus petite, elle a des ouvrières de 4 à 9,5 mm et une reine de 9,5 à 10,5 mm. Elle vit jusque dans le centre et l’est de la France. Ses colonies peuvent accepter plusieurs reines. Elle supporte bien le froid et forme, à maturité, des colonies de plusieurs dizaines de milliers d’individus.

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Lire le pdf offertComment les fourmis moissonneuses récoltent-elles les graines ?
Les ouvrières partent du nid par des pistes. Chez Messor barbarus, ces pistes permanentes atteignent 30 mètres de long. Elles restent visibles même sans passage, tant les ouvrières les ont dégagées de toute végétation. Le long de la piste, chaque ouvrière ramasse une graine, la serre dans ses mandibules et la rapporte au nid.
Le choix des graines dépend de leur taille et de leur disponibilité. Les ouvrières délaissent les graines trop petites. Le partage du transport selon la taille des ouvrières est moins simple qu’il n’y paraît : une étude sur le transport chez Messor barbarus montre que les grandes ouvrières ne portent pas forcément les charges les plus lourdes. Quand une ouvrière découvre une zone riche, elle recrute d’autres ouvrières en déposant une piste odorante.
En été, la récolte a lieu le matin et en soirée. Au milieu de la journée, le sol chauffe trop et les ouvrières restent dans le nid. Devant l’entrée, un tas d’enveloppes vides signale un nid de moissonneuses : ce sont les restes des graines décortiquées. Ces réserves te rappellent peut-être la fable de la cigale et la fourmi : ce sont bien des fourmis moissonneuses qui ont inspiré l’image de la fourmi qui stocke pour l’hiver.
Que deviennent les graines dans le nid ?
Les ouvrières entreposent les graines dans des chambres sèches appelées greniers. Ces chambres doivent rester sèches : une graine humide germe ou moisit. Dans la nature, les fourmis choisissent des chambres à l’écart des zones humides. Elles sortent les graines qui commencent à germer.
Pour les manger, elles retirent l’enveloppe puis broient l’intérieur avec leurs mandibules. Elles obtiennent une pâte, le pain de fourmis, que les ouvrières et les larves consomment. Les larves reçoivent aussi de petits morceaux d’insectes quand les ouvrières en trouvent.
Les Messor barbarus n’ont pas de jabot social, cette poche qui permet à d’autres fourmis, comme les Lasius, de stocker un liquide puis de le partager de bouche à bouche. La nourriture circule surtout sous forme solide, à partir des greniers. Cette organisation explique pourquoi une colonie de Messor a besoin d’une zone sèche dans son nid.
Pourquoi certaines ouvrières ont-elles une grosse tête ?
Prenons l’exemple de Messor barbarus, l’espèce la plus élevée. Chez elle, les ouvrières n’ont pas toutes la même taille : c’est le polymorphisme. On distingue les minors, petites, les médias, moyennes, et les majors, les plus grandes, avec une tête large et rouge. Cette tête abrite les muscles des mandibules. Une major casse des graines dures que les petites ouvrières ne peuvent pas ouvrir.
Les majors participent aussi à la défense, mais ce n’est pas leur rôle principal. Elles n’apparaissent pas dès le début. Une jeune colonie produit d’abord de petites ouvrières, puis des médias. D’après les observations d’éleveurs, les majors arrivent après plusieurs mois, souvent quand la colonie dépasse la centaine d’ouvrières, avec de grandes variations d’une colonie à l’autre. Si ta colonie n’a pas encore de majors, c’est normal. Chauffer davantage ne les fera pas apparaître plus vite ; en revanche, proposer des graines plus grosses peut, dans certains cas, stimuler leur apparition.
Combien d’individus compte une colonie dans la nature ?
Le nombre de reines et la taille des colonies varient selon l’espèce de fourmis moissonneuses. Chez Messor barbarus, par exemple, la colonie possède une seule reine. Elle s’envole à l’automne, de septembre à novembre, puis s’accouple. Elle fonde ensuite seule dans une petite cavité, sans se nourrir, en utilisant ses réserves. Les premières ouvrières naissent au printemps suivant.
Avec les années, la colonie atteint plusieurs milliers d’ouvrières. Les effectifs observés varient beaucoup selon les nids : les plus grands sont estimés à plusieurs dizaines de milliers d’individus. Le nid s’enfonce alors profondément dans le sol, avec de nombreux greniers.
Quel rôle jouent-elles dans la nature ?
Les fourmis moissonneuses détruisent une partie des graines qu’elles récoltent. Dans certains champs de céréales du nord-est de l’Espagne, Messor barbarus est responsable d’une grande part des pertes de semences. Mais elles dispersent aussi des graines. Celles qu’elles abandonnent en chemin ou rejettent intactes près du nid peuvent germer loin de la plante d’origine. Elles participent donc à la dispersion des graines dans la nature.
Leurs galeries aèrent le sol, et leurs déchets l’enrichissent autour du nid. Elles servent enfin de proies à de nombreux animaux.
Ce que ces comportements changent pour ton élevage
Le régime granivore, fondé sur les graines, simplifie le nourrissage : un mélange de graines alimentaires, sans sel ni traitement, couvre l’essentiel des besoins. Le nid doit reproduire ce que la colonie cherche dans la nature, avec une zone sèche pour les greniers et une zone humide pour le couvain. Comme dans la nature aussi, la colonie passe l’hiver au ralenti dans un endroit frais.
Les températures, l’humidité, le choix du nid, les graines à donner et le calendrier de l’hivernage sont détaillés dans notre fiche d’élevage de Messor barbarus. Si tu veux commencer avec ces fourmis moissonneuses, notre boutique propose des colonies de Messor barbarus, selon les options disponibles au moment de ta commande.
Ce qu’il faut retenir
- Une fourmi moissonneuse se nourrit surtout de graines ; en France, il s’agit des Messor : barbarus, capitatus et structor.
- Messor barbarus vit sur le pourtour méditerranéen. Ses ouvrières mesurent 4 à 12 mm et chaque colonie a une seule reine.
- Les ouvrières suivent des pistes permanentes, longues jusqu’à 30 mètres, et délaissent les graines trop petites.
- Les ouvrières stockent les graines au sec dans des greniers, puis les broient en pain de fourmis.
- Les majors à grosse tête cassent les graines dures ; elles apparaissent après plusieurs mois, à un stade variable selon les colonies.
- Une colonie adulte compte plusieurs milliers d’ouvrières, parfois des dizaines de milliers selon les observations.
- En élevage : graines propres, zone sèche dans le nid et repos hivernal au frais ; le détail est dans la fiche d’élevage.
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